{"id":8958,"date":"2021-03-11T09:00:35","date_gmt":"2021-03-11T08:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.artinterview.com\/?post_type=critique&#038;p=8958"},"modified":"2023-10-10T15:20:31","modified_gmt":"2023-10-10T13:20:31","slug":"conversations-silencieuses","status":"publish","type":"critique","link":"https:\/\/artinterview.com\/en\/critique\/conversations-silencieuses\/","title":{"rendered":"Conversations silencieuses"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Conversations-silencieuses.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8288\" style=\"width:250px;height:412px\" width=\"250\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Conversations-silencieuses.jpg 400w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Conversations-silencieuses-182x300.jpg 182w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"intBlockQR\">\n    <div class=\"intBlockQR__Q\"><p><strong data-rich-text-format-boundary=\"true\">Extrait<br data-rich-text-line-break=\"true\" \/><em>Conversations silencieuses L\u2019art, la beaut\u00e9 et le chagrin<\/em> d&#8217;Olivier Schefer<\/strong><\/p>\n<\/div>\n    <div class=\"intBlockQR__R\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n<p>La rencontre singuli\u00e8re, amoureuse ou artistique, advient au moment o\u00f9 on ne l\u2019attend pas, ou plus du tout. Elle est poreuse au monde avant de se faire exclusive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut avoir pos\u00e9 ses yeux sur des corps de femmes ou d&#8217;hommes, aiguis\u00e9 son regard sur la ligne d&#8217;horizon et la pointe d&#8217;une montagne, \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9 par la lumi\u00e8re, \u00e9bloui par le blanc du givre, bless\u00e9 par la d\u00e9cr\u00e9pitude et la vulgarit\u00e9. Il faut avoir pleur\u00e9 de d\u00e9chirement parce qu\u2019un de vos enfants quitte la maison, de joie a des retrouvailles et de solitude amoureuse. Avoir re\u00e7u au visage un crachat, empestant le tabac et la sueur, si interloqu\u00e9 qu&#8217;on met un instant avant de le nettoyer. Avoir perdu du temps devant des \u00e9missions stupides. Avoir \u00e9cout\u00e9, t\u00f4t le matin, les derniers oiseaux qui chantaient. Avoir us\u00e9 ses pas \u00e0 Naples dans de vieilles ruelles puant la pisse et le chou, puis d\u00e9couvert, au d\u00e9tour d&#8217;un escalier abrupt, la baie immense qui tend ses vastes bras. Alors, il se peut que notre regard perdu, \u00e9puis\u00e9 en pure perte, notre \u00ab&nbsp; oeil sauvage&nbsp;\u00bb, dit Andr\u00e9 Breton, vienne, un beau jour, se poser sur une toile immobile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si la peinture ne bouge pas dans un monde qui s&#8217;agite de toutes parts, c&#8217;est qu&#8217;elle attend patiemment que nous soyons pr\u00eats a la recevoir. Je ne sais pas si ce sont les regardeurs qui font le tableau, comme l&#8217;\u00e9crivait avec malice et ironie Marcel Duchamp. Peut-\u00eatre est-ce l\u2019inverse : les tableaux font leurs regardeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande le\u00e7on du regard tient au premier moment de d\u00e9possession, presque de saintet\u00e9, log\u00e9 au c\u0153ur de la rencontre esth\u00e9tique : lorsque la richesse de la vie cumul\u00e9e en nous a bris\u00e9 tous les \u00e9crans. Des \u0153uvres nous appellent et nous r\u00e9pondons pr\u00e9sents, cette fois-ci, pour une raison qui nous appartient, reprenant pour certains, d\u00e9butant pour d&#8217;autres une conversation silencieuse avec la peinture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conversation n&#8217;a \u00e9videmment rien d\u2019une banale discussion, elle n&#8217;est pas plus bavardage qu&#8217;\u00e9change de questions et de r\u00e9ponses. II s&#8217;agit plut\u00f4t d&#8217;un \u00e9trange et difficile face-\u00e0-face men\u00e9 de chaque cot\u00e9 d&#8217;un miroir, comme si les figures prises dans la couleur et les lignes se tenaient derri\u00e8re une paroi de verre invisible, nous regardant sans nous voir, proches, si proches et infiniment inaccessibles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes tr\u00e9buchent dans la vie, car leur probl\u00e8me n&#8217;est pas la culture mais la <em>cr\u00e9ation<\/em>. La premi\u00e8re est un confort intellectuel, un signe de distinction sociale, la seconde une mise a nu de tous les instants. Du moins lorsqu&#8217;elle est authentique. L&#8217;art n\u2019est pas cultiv\u00e9, il ne peut \u00eatre d\u00e9nu\u00e9 de s\u00e8ve, de vitalit\u00e9 primitive. Nous parlons souvent de la racine des choses, de leur <em>radicalit\u00e9<\/em>. Comme ils sont rares ceux qui ont vraiment plong\u00e9 les mains dans l\u2019obscurit\u00e9 de la terre jusqu\u2019\u00e0 t\u00e2ter une racine, cet objet inqui\u00e9tant, grossier, humide, rugueux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;avais donc appris le bon go\u00fbt, les bonnes mani\u00e8res, ce qu\u2019en de multiples circonstances, \u00e9tait utile et disons-le agr\u00e9able. Mais je n&#8217;avais pas appris \u00e0 vivre ; \u00e0 souffrir, \u00e0 aimer, \u00e0 tromper, \u00e0 \u00eatre trahi \u00e0 mon tour, \u00e0 d\u00e9cevoir, \u00e0 vouloir dans le m\u00eame temps des choses contradictoires. Je ne savais rien de moi. J\u2019ignorais que la vie est un destin de solitude. Que nos amis nous trahissent quelquefois et que nous les d\u00e9cevons aussi. Que nous pouvons \u00eatre attir\u00e9 par ce qui nous est le plus \u00e9loign\u00e9. Et que cette diff\u00e9rence-l\u00e0, ce non-moi, dirait Proust, nous est absolument, violemment n\u00e9cessaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si la vie des peintres nous int\u00e9resse autant que leur peinture, ce n&#8217;est pas que la premi\u00e8re explique la seconde. L&#8217;art n&#8217;explique rien, laissons cela aux philosophes et aux th\u00e9ologiens !&nbsp; La cr\u00e9ation est souvent \u00e0 l\u2019antipode de la vie d&#8217;un artiste. Celui-ci extirpe la substance de ce qu&#8217;il vit, il s&#8217;en \u00e9loigne m\u00eame strictement ; il ne suffit pas de raconter quelque chose. Certains \u00e9crivains vont au bord de la mer planter le d\u00e9cor dune histoire et d\u2019autres imaginent la for\u00eat vierge amazonienne depuis une chambre d\u2019h\u00f4tel en Normandie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&#8217;avons que les mots pour aller au-del\u00e0 des mots, les peintres ont leurs images pour crever l\u2019illusion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les grandes oeuvres sont toujours travers\u00e9es par la vie, comme ce corridor d\u2019h\u00f4tel dont Proust, qui laisse parle passer le froid du dehors. Ce sont parfois des moments de crise, de tremblements int\u00e9rieurs, de secousses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><br>Les conversations silencieuses furent d\u2019abord celles d\u2019un enfant avec son p\u00e8re, avant de devenir celles de l\u2019amiti\u00e9, riche de tout ce qui reste toujours \u00e0 dire, du seul fait d\u2019aimer. Elles passent par le regard et empruntent les m\u00e9andres que le narrateur entretient avec l\u2019art. C\u2019est ce go\u00fbt de l\u2019art qu\u2019Olivier Schefer nous fait partager. Les \u0153uvres, nourries de nos joies et de nos blessures, nous r\u00e9v\u00e8lent alors \u00e0 nous-m\u00eames.<\/h5>\n\n\n\n<p><em><strong>Conversations silencieuses<\/strong><br>L\u2019art, la beaut\u00e9 et le chagrin<br><\/em>Olivier Schefer<br><strong>Editions Arl\u00e9a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.librairiesindependantes.com\/product\/9782363081865\/\">Trouver en librairie<\/a><\/p>\n","protected":false},"featured_media":8288,"template":"","class_list":["post-8958","critique","type-critique","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_crit-litterature"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Conversations silencieuses - Art Interview<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/artinterview.com\/en\/critique\/conversations-silencieuses\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Conversations silencieuses - Art Interview\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La rencontre singuli\u00e8re, amoureuse ou artistique, advient au moment o\u00f9 on ne l\u2019attend pas, ou plus du tout. 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