{"id":7965,"date":"2020-08-30T11:18:26","date_gmt":"2020-08-30T09:18:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.artinterview.com\/?post_type=critique&#038;p=7965"},"modified":"2023-10-10T15:19:23","modified_gmt":"2023-10-10T13:19:23","slug":"critique-romantique-reflexivite-et-poesie","status":"publish","type":"critique","link":"https:\/\/artinterview.com\/en\/critique\/critique-romantique-reflexivite-et-poesie\/","title":{"rendered":"La critique d\u2019art romantique entre po\u00e9sie et philosophie\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"736\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caspar_David_Friedrich_-_Frau_vor_untergehender_Sonne-1024x736.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7970\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caspar_David_Friedrich_-_Frau_vor_untergehender_Sonne-1024x736.jpg 1024w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caspar_David_Friedrich_-_Frau_vor_untergehender_Sonne-300x216.jpg 300w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caspar_David_Friedrich_-_Frau_vor_untergehender_Sonne-768x552.jpg 768w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caspar_David_Friedrich_-_Frau_vor_untergehender_Sonne.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\"><br><em>Mais tout v\u00e9ritable po\u00e8te est n\u00e9cessairement un critique de premier ordre<\/em>. <br>Paul Val\u00e9ry, <em>Vari\u00e9t\u00e9<\/em>, Gallimard, ed. Pl\u00e9iade, 1957, t. I, p. 1335.<br><br><\/h5>\n\n\n\n<p>            <\/p>\n\n\n\n<p>Dans un texte consacr\u00e9 \u00e0 Richard Wagner, Charles Baudelaire rapproche de fa\u00e7on assez remarquable cr\u00e9ation et critique d\u2019art, tout en tra\u00e7ant une fronti\u00e8re \u00e9tanche entre les deux. Il estime que l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice ne peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 une production instinctive et irrationnelle, v\u00e9g\u00e9tale, \u00e9crit-il, pour mieux souligner le caract\u00e8re passif et irr\u00e9fl\u00e9chi de cette conception naturelle. \u00ab Je plains les po\u00e8tes que guide le seul instinct&nbsp;; je les crois incomplets. [\u2026],&nbsp;il est impossible qu\u2019un po\u00e8te ne contienne pas un critique&nbsp;\u00bb&nbsp;[1]. L\u2019attribution d\u2019un pouvoir critique \u00e0 l\u2019artiste n\u2019est pas un fait in\u00e9dit, en attestent les figures humanistes de l\u2019artiste th\u00e9oricien, du peintre savant (Vasari, L\u00e9onard de Vinci, Alberti\u2026). En revanche, affirmer qu\u2019un th\u00e9oricien ou un critique puisse produire des \u0153uvres, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un artiste, est tout autre chose. Baudelaire refuse ce saut qualitatif, de fa\u00e7on quelque peu \u00e9trange sans doute, dans la mesure o\u00f9 il n\u2019aura lui-m\u00eame pas fait autre chose, sa carri\u00e8re durant, qu\u2019\u00eatre critique et po\u00e8te et l\u2019un par l\u2019autre. Wagner est selon lui un artiste qui r\u00e9fl\u00e9chit son art et l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 travers ses essais sur la trag\u00e9die grecque et le drame. Mais il serait erron\u00e9 de le consid\u00e9rer \u00ab&nbsp;comme un th\u00e9oricien&nbsp;qui n\u2019aurait produit des op\u00e9ras que pour v\u00e9rifier <em>a posteriori<\/em> la valeur de ses propres th\u00e9ories&nbsp;\u00bb&nbsp;[2]. Baudelaire&nbsp;ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce serait un \u00e9v\u00e9nement tout nouveau dans l\u2019histoire des arts qu\u2019un critique se faisant po\u00e8te, un renversement de toutes les lois psychiques, une monstruosit\u00e9&nbsp;; au contraire, tous les grands po\u00e8tes deviennent naturellement, fatalement, critiques. Je plains les po\u00e8tes que guident le seul instinct, je les crois incomplets&nbsp;[3].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout se passe comme si Baudelaire comprenait parfaitement le caract\u00e8re moderne de cette association entre l\u2019art et la critique, en refusant d\u2019aller au bout de son raisonnement en ce qu\u2019il a de plus audacieux. Il y aurait une fa\u00e7on tr\u00e8s baudelairienne de comprendre ce refus, une raison interne pourrait-on dire. Baudelaire d\u00e9fend \u00e0 plusieurs reprises dans ses salons esth\u00e9tiques la dimension spirituelle de l\u2019art (l\u2019\u00e9cole \u00ab&nbsp;surnaturaliste&nbsp;\u00bb en peinture), qu\u2019il oppose \u00e0 l\u2019\u00e9cole m\u00e9taphysique allemande, celle des Nazar\u00e9ens en particulier (Friedrich Overbeck, Hans Pforr, Peter von Cornelius). Les premiers, au premier rang desquels il faut compter Eug\u00e8ne Delacroix, envisagent l\u2019art de mani\u00e8re symbolique et la nature elle-m\u00eame comme un symbole. Cette conception synth\u00e9tique du rapport entre le signifiant et le signifi\u00e9 est \u00e9minemment romantique&nbsp;[5]. Baudelaire la fait sienne dans son fameux po\u00e8me, <em>Correspondances<\/em>, lorsqu\u2019il d\u00e9crit la dimension symbolique de la nature elle-m\u00eame&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">La Nature est un temple o\u00f9 de vivants piliers<br>Laissent parfois sortir de confuses paroles&nbsp;;<br>L\u2019homme y passe \u00e0 travers des for\u00eats de symboles<br>Qui l\u2019observent avec des regards familiers&nbsp;[5]. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/h5>\n\n\n\n<p>           Proche (l\u2019\u00e9vocation de \u00ab&nbsp;regards familiers&nbsp;\u00bb) et lointain (celle de \u00ab&nbsp;confuses paroles&nbsp;\u00bb), le symbole romantique est semblable \u00e0 la nature, imm\u00e9diat, quoique r\u00e9tif \u00e0 la prise conceptuelle&nbsp;: saisissable, c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 physique et insaisissable, puisque son sens demeure crypt\u00e9, presque \u00e9sot\u00e9rique. Dans sa <em>Critique de la Facult\u00e9 de juger<\/em>, Kant remarque au \u00a7 67 qu\u2019un simple brin d\u2019herbe \u00e9chappe \u00e0 la conceptualisation, car il est dou\u00e9 d\u2019une finalit\u00e9 interne. Contrairement au syst\u00e8me m\u00e9canique des astres de la conception newtonienne, qui repose sur des rapports externes entre les corps physiques, le brin d\u2019herbe sollicite un jugement de finalit\u00e9 sur la nature, soit une approche interpr\u00e9tative du vivant que le romantique retrouvera dans la question symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Baudelaire estime donc que l\u2019approche des artistes allemands \u2013 ces m\u00e9taphysiciens de l\u2019art qu\u2019il \u00e9trille sans piti\u00e9 \u2013 rel\u00e8ve au contraire d\u2019une conception all\u00e9gorique et narrative de l\u2019\u0153uvre. Leurs \u0153uvres ne sont que des applications sch\u00e9matiques de repr\u00e9sentations conceptuelles et <em>a priori <\/em>sur le beau et la religion. En d\u2019autres termes, un critique qui deviendrait po\u00e8te, pour reprendre sa formule, serait comparable \u00e0 un m\u00e9taphysicien qui ferait de la peinture ou \u00e0 un th\u00e9oricien qui passerait \u00e0 la pratique&nbsp;et dont les \u0153uvres ne seraient que l\u2019illustration d\u2019id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales sur l\u2019art. \u00c0 cet artiste (par exemple Peter Corn\u00e9lius) manquera toujours l\u2019essentielle corr\u00e9lation naturelle et symbolique entre le contenu et la forme, le dessin et la couleur, puisque la nature, note encore Baudelaire, n\u2019op\u00e8re pas ces distinctions d\u2019\u00e9coles entre la ligne et le coloris, mais qu\u2019elle d\u00e9ploie une harmonieuse unit\u00e9 de contraires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour autant le scandale que d\u00e9nonce Baudelaire dans son texte sur Wagner, tel l\u2019\u00e9cart aristot\u00e9licien du monstre face \u00e0 la norme naturelle, caract\u00e9rise au plus pr\u00e8s l\u2019une des principales innovations du premier romantisme allemand transgressif et trans-g\u00e9n\u00e9rique des ann\u00e9es 1800. Pour essayer de pr\u00e9ciser cet aspect, je prendrais appui dans les pages qui suivent sur un fragment tout \u00e0 la fois topique et \u00e9nigmatique de Novalis.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>De l\u2019artiste critique au critique artiste<\/strong><\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une note barr\u00e9e sur l\u2019un de ses manuscrits th\u00e9oriques de 1798 intitul\u00e9e \u00ab po\u00e9sie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Celui qui est incapable d\u2019\u00e9crire de la po\u00e9sie ne la jugera que de mani\u00e8re n\u00e9gative. La vraie critique a le pouvoir de produire par elle-m\u00eame le produit \u00e0 critiquer. Le go\u00fbt seul ne juge que fa\u00e7on n\u00e9gative&nbsp;[6].<\/h5>\n\n\n\n<p>Que sugg\u00e8re donc ici Novalis&nbsp;? Il oppose un r\u00e9gime <em>esth\u00e9tique<\/em> de la critique, celui du go\u00fbt (<em>Geschmack<\/em>), \u00e0 un r\u00e9gime <em>artistique <\/em>en l\u2019occurrence<em> po\u00e9tique<\/em>. Le premier reste pour ainsi dire ext\u00e9rieur \u00e0 son objet, aussi la simple appr\u00e9ciation par le go\u00fbt demeure-t-elle n\u00e9gative car non engag\u00e9e dans la positivit\u00e9 de l\u2019objet et son immanence. Le romantisme qui doit beaucoup \u00e0 Kant s\u2019\u00e9loigne sur ce point de sa th\u00e9orie du go\u00fbt et de la beaut\u00e9 subjective, pour Kant, \u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de science du beau, mais il n\u2019en existe qu\u2019une critique&nbsp;\u00bb&nbsp;[7]. Pour ce romantisme, la critique du beau et des \u0153uvres est aussi bien affaire de connaissance (ce que refuse Kant) que de cr\u00e9ation. Une critique authentique doit \u00e0 la fois d\u00e9passer le stade formel du go\u00fbt kantien et s\u2019affirmer comme \u0153uvre proprement po\u00e9tique. \u00c0 la vraie critique (<em>\u00e4chten<\/em> <em>Kritik<\/em>) appartient donc seul le pouvoir de produire l\u2019\u0153uvre \u00e0 critiquer. Novalis aurait-il accompli par avance la monstrueuse conversion d\u00e9nonc\u00e9e par Baudelaire en 1861&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre ce point d\u00e9licat, il faut revenir quelques instants sur l\u2019ambition profond\u00e9ment th\u00e9orique de la critique romantique. Cet aspect a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 avec beaucoup de soin et d\u2019intelligence par Walter Benjamin dans son livre sur le concept de critique esth\u00e9tique du romantisme allemand&nbsp;[8]. Benjamin y examine en particulier les fondements gnos\u00e9ologiques ficht\u00e9ens de la critique romantique. Pour ce romantisme d\u00e9sireux d\u2019unir po\u00e9sie et philosophie, l\u2019art n\u2019est pas un simple objet d\u2019appr\u00e9ciation esth\u00e9tique, de plaisir ou de d\u00e9plaisir, il a bien en charge l\u2019antique probl\u00e9matique de la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9 absolue, raison pour laquelle on a souvent rapproch\u00e9, un peu &nbsp;abusivement, ce romantisme th\u00e9orique de la pens\u00e9e h\u00e9g\u00e9lienne de l\u2019art plus tardive. Car si ce romantisme-l\u00e0 vise l\u2019absolu dans l\u2019art, ce n\u2019est pas non plus sans marquer une distance elle-m\u00eame critique et ironique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pr\u00e9sentation syst\u00e9matique du vrai \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez Fichte et Schelling, notamment \u00e0 travers l\u2019auto-pr\u00e9sentation de la v\u00e9rit\u00e9 comme syst\u00e8me, essentielle \u00e0 la pens\u00e9e h\u00e9g\u00e9lienne. Pour autant la critique d\u2019art romantique est bien un exercice sp\u00e9culatif qui engage d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre \u2013 dans la proximit\u00e9 ou la distance \u2013 un rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi, lorsque Friedrich Schlegel propose des recensions de textes de Goethe, de Lessing ou du <em>D\u00e9cam\u00e9ron<\/em> de Boccace&nbsp;[9], il s\u2019attache avant tout \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler le caract\u00e8re quasiment syst\u00e9matique de l\u2019\u0153uvre, sa coh\u00e9rence, sa coh\u00e9sion, son unit\u00e9 d\u2019ensemble, soit la v\u00e9rit\u00e9 du contenu objectif et la v\u00e9rit\u00e9 de sa forme&nbsp;; ces deux dimensions \u00e9tant intimement li\u00e9es \u00e0 cette p\u00e9riode. Autant dire que toute critique qui importerait des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019\u0153uvre (contextuels, biographiques ou psychologiques) n\u2019a pas vraiment de place au sein de ce romantisme, car elle manque la logique interne \u00e0 l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. La critique sp\u00e9culative du romantisme se veut interne et <em>autonome<\/em>, immanente, son ma\u00eetre mot est sa dimension <em>r\u00e9flexive<\/em>. Car il s\u2019agit bien pour le critique de r\u00e9fl\u00e9chir le contenu et la forme de l\u2019\u0153uvre et non d\u2019\u00e9valuer celle-ci \u00e0 partir de crit\u00e8res subjectifs (sa passion) ou historiques. En cela, cette critique r\u00e9flexive rejoue, au sein de l\u2019esth\u00e9tique, le projet de l\u2019id\u00e9alisme sp\u00e9culatif qui cherche le vrai comme sujet et autor\u00e9flexion. Conna\u00eetre, pour l\u2019id\u00e9alisme allemand et ce premier romantisme, c\u2019est se conna\u00eetre ou reconduire l\u2019\u00eatre connu \u00e0 l\u2019auto-connaissance. \u00ab&nbsp;Pour autant que la critique est connaissance de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, elle est son auto-connaissance&nbsp;; mais pour autant qu\u2019elle la juge cela se passe dans son auto-jugement&nbsp;[10].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons \u00e0 nouveau la formule de Novalis qui nous sert de fil rouge.<br><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/exe_novalis-large.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7989\" style=\"width:287px;height:443px\" width=\"287\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/exe_novalis-large.jpeg 415w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/exe_novalis-large-195x300.jpeg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 287px) 100vw, 287px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>Autor\u00e9flexivit\u00e9 critique de l\u2019artiste et ironie<\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La vraie critique, disait Novalis, a le pouvoir de produire par elle-m\u00eame le produit \u00e0 critiquer.&nbsp;\u00bb Que faut-il entendre exactement par l\u00e0&nbsp;? Cette formule exprime de mani\u00e8re particuli\u00e8rement embl\u00e9matique le postulat autor\u00e9flexif de cette p\u00e9riode qui revient tout d\u2019abord \u00e0 affirmer que seul l\u2019art peut comprendre l\u2019art. Cet entre soi qui postule l\u2019existence ou le d\u00e9sir d\u2019une communaut\u00e9 artistique repara\u00eet souvent \u00e0 cette p\u00e9riode, par exemple dans tel fragment&nbsp;de Friedrich Schlegel :<\/p>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie ne peut \u00eatre critiqu\u00e9e que par la po\u00e9sie. Un jugement sur l\u2019art qui n\u2019est pas lui-m\u00eame une \u0153uvre d\u2019art, soit dans sa mati\u00e8re, comme pr\u00e9sentation de l\u2019impression n\u00e9cessaire dans son devenir, soit par sa beaut\u00e9 de forme et sa libert\u00e9 de ton dans l\u2019esprit de l\u2019antique satire romaine, n\u2019a pas droit de cit\u00e9 au royaume de l\u2019art&nbsp;[11].<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Schlegel accorde \u00e0 la critique d\u2019art une position quelque peu autarcique, les artistes se comprennent entre eux et sont les seuls \u00e0 pouvoir comprendre quelque chose \u00e0 l\u2019art. Toute appr\u00e9ciation populaire qui, par principe, ne rel\u00e8ve pas d\u2019une expertise particuli\u00e8re et reste donc \u00e9trang\u00e8re au \u00ab royaume&nbsp;\u00bb artistique, \u00e9voqu\u00e9 ici par Schlegel, semble exclue de la sph\u00e8re de l\u2019auto-compr\u00e9hension artistique. Cette position, qu\u2019on dira \u00e9litiste, cong\u00e9die ou met \u00e0 mal la possibilit\u00e9 d\u2019une appr\u00e9ciation proprement critique de l\u2019art, voire n\u00e9gative et pol\u00e9mique, laquelle n\u00e9cessite une distance avec l\u2019objet \u00e0 \u00e9valuer. La distance critique est la condition de possibilit\u00e9 d\u2019un jugement libre, personnel et ind\u00e9pendant, exerc\u00e9 en dehors de toute connivence th\u00e9orique, sociale, voire \u00e9conomique. La proposition de Schlegel, comme celle de Novalis, para\u00eet donc exclure cette dimension critique, ext\u00e9rieure et non savante, constitutive de l\u2019exercice d\u00e9mocratique, en construisant un espace clos, \u00e9litiste voire aristocratique, destin\u00e9 aux seuls \u00e9lus, les artistes, qui deviennent leur propre critique et se parlent entre eux.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, n\u2019allons pas trop vite opposer cette \u00ab&nbsp;aristocratie&nbsp;\u00bb de l\u2019art \u00e0 la d\u00e9mocratie du jugement de go\u00fbt kantien, lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019expertise savante (le beau qui \u00ab&nbsp;plait universellement et sans concept&nbsp;\u00bb). Le r\u00e9publicanisme comme l\u2019\u00e9change et la circulation des id\u00e9es sont des donn\u00e9es essentielles \u00e0 ce premier romantisme allemand. Les positions respectives de Schlegel et de Novalis n\u2019excluent pas la distance critique, si on entend par l\u00e0 la puissance pol\u00e9mique, la bataille et le conflit, vertus que les romantiques ont fr\u00e9quemment mises en \u0153uvres dans leur th\u00e9orie de l\u2019art en engageant un rapport <em>ironique<\/em> \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Dans ses cours d\u2019esth\u00e9tique, Hegel reprochera justement aux \u00e9crivains romantiques (Jean-Paul) ou \u00e0 des th\u00e9oriciens tels que Friedrich Schlegel et K. W. F. Solger de jouer avec ironie d\u2019eux-m\u00eames et du monde. Ce faisant, ils vouent l\u2019art \u00e0 sa perte, puisque l\u2019unit\u00e9 du contenu et de la forme n\u2019est plus assur\u00e9e (avec l\u2019ironie, rien n\u2019est plus vrai ni stable) et que l\u2019art, en sa plus haute vocation <em>s\u00e9rieuse<\/em> de dire le spirituel, devient un simple jeu gratuit et autodestructeur. \u00ab&nbsp;Semblable gravit\u00e9 n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre lorsque l\u2019artiste est ainsi le moi qui peut tout poser et dissoudre selon son plaisir, et lorsqu\u2019aucun contenu n\u2019appara\u00eet \u00e0 la conscience comme \u00e9tant absolu en soi et pour soi, mais que tous sont bien plut\u00f4t comme des apparences produites \u00e0 partir de soi et susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9truites&nbsp;; on ne doit plus alors attribuer de validit\u00e9 qu\u2019au formalisme du moi&nbsp;[12].&nbsp;\u00bb Mais l\u2019ironie romantique, aussi provocatrice et d\u00e9r\u00e9alisante soit-elle, n\u2019en rel\u00e8ve pas moins (Hegel ne l\u2019ignore pas) d\u2019une op\u00e9ration de l\u2019esprit, d\u2019une \u00ab&nbsp;bouffonnerie transcendantale&nbsp;\u00bb, pour reprendre une formule de Schlegel&nbsp;[13]. C\u2019est encore un exercice r\u00e9flexif, un acte critique majeur qui engage la libert\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019artiste semble mieux plac\u00e9 qu\u2019un critique pour juger de ce qu\u2019il fait, cela ne tient pas \u00e0 une connivence particuli\u00e8re, un esprit de corps, que le romantisme critique et ironique n\u2019a cess\u00e9 par ailleurs de d\u00e9noncer (au point de refuser de fournir une d\u00e9finition arr\u00eat\u00e9e de son propre mouvement). Cela est d\u00fb essentiellement au fait que l\u2019artiste est un th\u00e9oricien \u00e0 part enti\u00e8re, pour cette p\u00e9riode : l\u2019art est une manifestation de la libert\u00e9 consciente, non quelque imitation servile. Il n\u2019y a pas v\u00e9ritablement de th\u00e9orie du myst\u00e8re cr\u00e9ateur dans ce romantisme sp\u00e9culatif qui s\u2019\u00e9carte, sur ce point d\u00e9cisif, de la mystique cr\u00e9atrice promue par Wackenroder et Tieck dans les <em>Epanchements d\u2019un moine ami des arts<\/em> de 1796-97 et dans les <em>Fantaisies sur l\u2019art<\/em> de 1799&nbsp;[14].<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La vraie critique a le pouvoir de produire par elle-m\u00eame le produit \u00e0 critiquer.&nbsp;\u00bb Le sens premier de cette formule de Novalis pourrait donc \u00eatre que l\u2019artiste est \u00e0 lui-m\u00eame son propre critique et que toute vraie critique est autocritique, puisque l\u2019agir cr\u00e9ateur est de nature r\u00e9flexive. La critique ne juge pas ou n\u2019\u00e9value pas l\u2019\u0153uvre, elle la <em>r\u00e9fl\u00e9chit<\/em>, au double sens sp\u00e9culatif et sp\u00e9culaire du terme. Elle lui permet de se d\u00e9couvrir et de se conna\u00eetre par l\u2019entremise du critique d\u2019art. L\u2019\u0153uvre prend conscience de ce qu\u2019elle est (de sa structure et des rapports entre son contenu et sa forme) \u00e0 travers la conscience du critique et par ce qu\u2019il en dit. Le critique est un m\u00e9dium, un instrument au service de l\u2019\u0153uvre. Sa conscience est v\u00e9ritablement con\u00e7ue \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un <em>miroir<\/em> critique par l\u2019entremise duquel l\u2019\u0153uvre s\u2019auto-r\u00e9fl\u00e9chit. Lorsqu\u2019il proc\u00e8de \u00e0 la lecture du roman de Goethe, <em>Les Ann\u00e9es d\u2019apprentissage de Wilhelm Meister<\/em>. Friedrich Schlegel estime qu\u2019il ne fait que tendre un miroir \u00e0 l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. \u00ab&nbsp;Heureusement, il s\u2019agit justement d\u2019un de ses livres qui se jugent eux-m\u00eames&nbsp;\u00e9pargnant ainsi toute peine au critique d\u2019art&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il dans sa recension parue dans l\u2019<em>Athenaeum<\/em> [15], en ajoutant&nbsp;: \u00ab Et le livre se juge non seulement lui-m\u00eame, mais il se pr\u00e9sente \u00e9galement lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si le romantisme reprend \u00e0 son compte le th\u00e8me plus ancien du miroir critique (qu\u2019on trouve chez L\u00e9onard de Vinci, Alberti, D\u00fcrer), il ne l\u2019envisage pas \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un outil permettant d\u2019amender l\u2019\u0153uvre et de juger ses qualit\u00e9s et ses imperfections. La dimension sp\u00e9culative et sp\u00e9culaire de la critique ne consiste pas seulement \u00e0 s\u2019effacer passivement devant l\u2019\u0153uvre, comme semblent le sugg\u00e9rer les mots de Schlegel, mais \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir infiniment une \u0153uvre en droit infinie, si bien que la r\u00e9flexion critique est partie prenante de l\u2019\u0153uvre infiniment progressive promue par le romantisme. Pour Friedrich Schlegel&nbsp;: \u00ab La po\u00e9sie romantique est une po\u00e9sie universelle progressive&nbsp;[16].&nbsp;\u00bb La t\u00e2che critique est elle-m\u00eame sans fin, comme il le sugg\u00e8re \u00e0 la fin de ce fragment manifeste. \u00ab&nbsp;Aucune th\u00e9orie ne peut l\u2019\u00e9puiser, et seule une critique divinatoire pourrait se risquer \u00e0 caract\u00e9riser son id\u00e9al.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On peut toutefois comprendre d\u2019une autre fa\u00e7on la formule de Novalis. Car en produisant son \u0153uvre, l\u2019artiste produit aussi la <em>th\u00e9orie<\/em> de son \u0153uvre&nbsp;; une th\u00e9orie en acte donc, indistincte de son objet. S\u2019il n\u2019y a pas d\u2019art sans critique et pas de critique sans art, la source de cette double association r\u00e9side dans la conception romantique de <em>l\u2019\u0153uvre<\/em> et pas seulement dans la capacit\u00e9 de l\u2019artiste \u00e0 th\u00e9oriser son propre travail.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>L\u2019autor\u00e9flexivit\u00e9 critique de l\u2019art romantique<\/strong><\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La propension de l\u2019art \u00e0 s\u2019auto-r\u00e9fl\u00e9chir par le biais du critique \u00e9voque la nature m\u00e9tacritique de l\u2019art romantique, elle-m\u00eame fond\u00e9e sur le principe ipso-r\u00e9flexif de la th\u00e9orie romantique de la connaissance. Schiller soulignait d\u00e9j\u00e0 dans son texte sur la <em>Po\u00e9sie na\u00efve et sentimentale<\/em> que la grande diff\u00e9rence entre les anciens et les modernes ne r\u00e9sidait pas seulement dans le fait que les uns prenaient pour objet la nature objective et les autres leur propre subjectivit\u00e9. Cette diff\u00e9rence tient \u00e9galement au fait que l\u2019artiste antique s\u2019efface derri\u00e8re son \u0153uvre, qu\u2019il est comme absorb\u00e9 par elle, \u00e0 l\u2019instar Hom\u00e8re, tandis que l\u2019artiste moderne exprime sa subjectivit\u00e9 et met en sc\u00e8ne sa position d\u2019auteur, quitte \u00e0 jouer avec ironie de sa pr\u00e9tendue autorit\u00e9, comme le fait souvent Jean-Paul Richter dans ses romans, <em>La vie de Quintus Fixlein<\/em> ou <em>La Loge invisible<\/em>. Friedrich Schiller note par exemple :<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Accoutum\u00e9 par ma connaissance des po\u00e8tes modernes \u00e0 chercher d\u2019abord dans l\u2019\u0153uvre le po\u00e8te lui-m\u00eame, \u00e0 rencontrer son c\u0153ur, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir avec lui sur la mati\u00e8re de son po\u00e8me, bref, \u00e0 envisager l\u2019objet et le sujet tout \u00e0 la fois, je trouvai insupportable que le po\u00e8te, ici [dans l\u2019art antique], ne se laisse saisir nulle part et ne veuille nulle part prendre la parole&nbsp;[17].<\/h5>\n\n\n\n<p>Ces remarques seront amplifi\u00e9es dans le premier romantisme allemand qui propose une conception synth\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre, contenant le sujet et l\u2019objet, soit l\u2019homme et la nature, le destin personnel et le destin du monde, mais aussi l\u2019artiste et son \u0153uvre. Pour le romantisme \u2013 et c\u2019est vrai de la litt\u00e9rature, mais tout autant du paysage subjectif \u2013, la repr\u00e9sentation objective du monde implique celui qui le regarde et le pense&nbsp;: peintre, auteur, artiste. Caspar David Friedrich, on le sait bien, met souvent en abyme le regardeur de dos dans ses toiles. Regardeur qui fait, sinon le tableau, du moins l\u2019unit\u00e9 visible qui s\u2019appelle paysage. \u00ab Le paysage en tant que tel n\u2019existe que dans l\u2019\u0153il de celui qui le contemple&nbsp;\u00bb notera AW Schlegel&nbsp;[18]. Tandis que Friedrich Schlegel \u00e9crit dans le fragment 116 de <em>l\u2019Athenaeum<\/em> que la po\u00e9sie romantique, pr\u00e9tendant op\u00e9rer la synth\u00e8se de tous les genres et rapprocher l\u2019art de la vie, unifie ce faisant l\u2019\u0153uvre et l\u2019auteur, \u00ab&nbsp;il n\u2019y a aucune forme capable d\u2019exprimer sans reste l\u2019esprit de l\u2019auteur&nbsp;: si bien que maint artiste, qui ne voulait qu\u2019\u00e9crire un roman, s\u2019est par hasard pr\u00e9sent\u00e9 lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;[19].<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"479\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/C.-D.-Friedrich-La-Mer-de-glace-1824.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7991\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/C.-D.-Friedrich-La-Mer-de-glace-1824.jpeg 640w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/C.-D.-Friedrich-La-Mer-de-glace-1824-300x225.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C. D. Friedrich, La Mer de glace, 1824<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En somme, l\u2019art romantique est m\u00e9tacritique dans la mesure o\u00f9 en pr\u00e9sentant une \u0153uvre, il produit en m\u00eame temps une r\u00e9flexion sur celle-ci. Mais cette r\u00e9flexion ne s\u2019ajoute pas \u00e0 l\u2019\u0153uvre, comme un appendice ext\u00e9rieur, elle est partie prenante du cours de la fiction ou de la construction de l\u2019objet. Selon Novalis et Schlegel, la po\u00e9sie est \u00ab&nbsp;po\u00e9sie de la po\u00e9sie&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;po\u00e9sie transcendantale&nbsp;\u00bb, r\u00e9flexion sur le langage et ses possibilit\u00e9s propres. Certains romans ou certaines pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre de Ludwig Tieck (en avance sur Luigi Pirandello) sont \u00e0 la fois des \u0153uvres de fiction et des gloses, des commentaires, des essais sp\u00e9culatifs sur la fiction et l\u2019art. Friedrich Schlegel d\u00e9c\u00e8le ce trait dans le <em>WilhelmMeister<\/em> de Goethe, roman qui, en relatant les p\u00e9riples d\u2019un acteur de th\u00e9\u00e2tre d\u00e9butant, fait du rapport entre l\u2019art et la vie son th\u00e8me principal.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Etant donn\u00e9e la nature processuelle et infinie du roman et de l\u2019art romantique, l\u2019autor\u00e9flexion de l\u2019\u0153uvre n\u2019a pas de fin assign\u00e9e, elle s\u2019inscrit dans un horizon d\u2019attente parfois eschatologique. Ce n\u2019est pas un hasard si les romantiques prennent la Bible pour mod\u00e8le d\u2019\u00e9criture et d\u2019\u0153uvre infinie. Comme la traduction de Luther en allemand et ses commentaires l\u2019auront appris aux romantiques, la Bible est une \u0153uvre \u00e0 la fois totale par son ampleur et infinie par les gloses qu\u2019elle suscite. La Bible est par excellence le livre non clos et en devenir que r\u00eave cette p\u00e9riode. Novalis souligne \u00e0 la suite de Lessing le caract\u00e8re infiniment progressif de l\u2019herm\u00e9neutique biblique et donc du texte lui-m\u00eame : \u00ab \u00ab Qui a expliqu\u00e9 la Bible comme si elle \u00e9tait close ? La Bible ne devrait-elle pas \u00eatre con\u00e7ue en \u00e9tat de croissance&nbsp;? L\u2019expos\u00e9 biblique est infiniment color\u00e9 \u2013 histoire, po\u00e9sie \u2013 tout y est m\u00e9lang\u00e9&nbsp;[20].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"482\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Friedrich-Overbeck-Le-Triomphe-de-la-religion-dans-les-arts-1840.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7993\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Friedrich-Overbeck-Le-Triomphe-de-la-religion-dans-les-arts-1840.jpeg 480w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Friedrich-Overbeck-Le-Triomphe-de-la-religion-dans-les-arts-1840-300x300.jpeg 300w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Friedrich-Overbeck-Le-Triomphe-de-la-religion-dans-les-arts-1840-150x150.jpeg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Friedrich Overbeck, Le Triomphe de la religion dans les arts (1840)<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une critique indirectement et directement productive<\/strong><\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je reprends \u00e0 nouveau, et pour m\u2019en approcher peut-\u00eatre de plus pr\u00e8s, la formule qui m\u2019a servi ici de fil directeur&nbsp;: \u00ab&nbsp;La vraie critique a le pouvoir de produire par elle-m\u00eame le produit \u00e0 critiquer.&nbsp;\u00bb Les deux pr\u00e9c\u00e9dentes lectures de ce fragment de Novalis ont surtout mis en \u00e9vidence la dimension autor\u00e9flexive de la cr\u00e9ation, supposant une continuit\u00e9 entre la conscience de l\u2019artiste et celle du critique. J\u2019ai enfin examin\u00e9 la nature m\u00e9tacritique de l\u2019\u0153uvre romantique. Pour autant, ces deux approches n\u2019auront peut-\u00eatre fait qu\u2019effleurer le sens profond de ces quelques lignes qui sugg\u00e8rent la possibilit\u00e9 d\u2019une critique proprement <em>productive et artistique<\/em>. N\u2019est-ce pas l\u00e0 finalement le c\u0153ur de l\u2019esth\u00e9tique romantique&nbsp;? Friedrich Schlegel propose dans un texte de 1804, qui est lui-m\u00eame le commentaire critique de plusieurs \u00e9crits de Lessing, un remarquable petit essai intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;De l\u2019esprit combinatoire&nbsp;\u00bb, dans lequel il reprend la diff\u00e9rence entre les anciens et les modernes (motif r\u00e9current de cette p\u00e9riode). Il estime \u00e0 cette occasion que la litt\u00e9rature existait chez les Grecs anciens bien avant la critique, tandis que chez les modernes la situation s\u2019est pour ainsi dire invers\u00e9e [21].<\/p>\n\n\n\n<p>Schlegel sugg\u00e8re dans ce texte que la critique doit sortir de son r\u00f4le strictement \u00e9valuatif et discriminant pour se muer en <em>organon<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en instrument de production des \u0153uvres. Si les \u00e9crivains sont bien les auteurs de leur texte, il revient \u00e0 la critique sp\u00e9culative romantique de produire quelque chose comme de la litt\u00e9rature. Le critique romantique <em>cr\u00e9e<\/em> litt\u00e9ralement la conscience historique et philosophique d\u2019un ensemble textuel qu\u2019on appellera litt\u00e9rature. Sans son intervention, sans cette synth\u00e8se critique, les textes restent des fragments isol\u00e9s, des \u00e9v\u00e9nements singuliers non raccord\u00e9s entre eux ni \u00e0 leur temps. L\u2019interpr\u00e9tation des textes ne rel\u00e8ve pas d\u2019une glose infinie, elle vise surtout \u00e0 cr\u00e9er une unit\u00e9, en mettant au jour des relations intertextuelles. Par la comparaison entre des ouvrages d\u2019une m\u00eame p\u00e9riode mais aussi entre diff\u00e9rentes nations, la critique romantique cr\u00e9e litt\u00e9ralement du sens et conf\u00e8re une certaine existence aux \u0153uvres. Sans critique, c\u2019est-\u00e0-dire sans r\u00e9flexion sur la lecture, pas d\u2019unit\u00e9 litt\u00e9raire, pas de conscience historique ni de perspective transnationale. Novalis note pour sa part que les Modernes ont invent\u00e9 le concept d\u2019Antiquit\u00e9 dont les Anciens eux-m\u00eames ne disposaient pas&nbsp;[22].<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Schlegel, cette critique poss\u00e8de \u00e9galement une dimension quasi proph\u00e9tique et productive, en cr\u00e9ant des syst\u00e8mes de relation entre les textes, elle forme l\u2019esprit des \u00e9crivains et engendre indirectement une \u00ab&nbsp;nouvelle litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb. Cette critique formaliste et encyclop\u00e9dique (ou syst\u00e9matique) reste, \u00e0 l\u2019en croire, <em>indirectement<\/em> productrice. Peut-\u00eatre parce que la probl\u00e9matique de Schlegel est davantage herm\u00e9neutique que po\u00e9tique, elle vise plus \u00e0 interpr\u00e9ter les \u0153uvres qu\u2019\u00e0 faire \u0153uvre \u00e0 proprement dit, comme le sugg\u00e9rait Novalis.<\/p>\n\n\n\n<p>Que produirait donc r\u00e9ellement une critique artistique romantique&nbsp;? S\u2019agit-il de finir une \u0153uvre \u00e9bauch\u00e9e&nbsp;? De la prolonger, de la refaire, ou plus simplement de dire que la critique fait \u0153uvre ou encore que le critique devient artiste \u00e0 son tour&nbsp;? Tout cela est peut-\u00eatre vrai. Mais la question est surtout de d\u00e9fendre deux id\u00e9es importantes. 1) La critique po\u00e9tique romantique produit le <em>concept<\/em> <em>d\u2019\u0153uvre<\/em> <em>unitaire<\/em> et de <em>totalit\u00e9<\/em> artistique. Cette critique r\u00e9alise donc une compl\u00e8te intelligibilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre et en cela elle est bien indissociablement philosophie et po\u00e9sie. 2) En r\u00e9v\u00e9lant l\u2019ambition de totalit\u00e9 de telle ou telle \u0153uvre, le critique s\u2019efforce de rendre celle-ci absolue, m\u00eame si cela demeure une t\u00e2che sans fin. Le but ultime de la critique est d\u2019engager un rapport ironique \u00e0 la forme, ce qui permet de r\u00e9v\u00e9ler, de fa\u00e7on mystique chez Walter Benjamin, l\u2019<em>id\u00e9e<\/em> de l\u2019art \u2013 l\u2019absolu m\u00eame du romantisme. Autrement dit, la critique r\u00e9v\u00e8le que chaque \u0153uvre pr\u00e9sente ou pass\u00e9e n\u2019est que le fragment d\u2019un tout encore \u00e0 venir. Les romantiques sur ce point anticipent l\u2019ambition de Mallarm\u00e9 estimant que la t\u00e2che de l\u2019\u00e9crivain n\u2019est pas d\u2019\u00e9crire un livre de plus mais le Livre des Livres, esquiss\u00e9 et diff\u00e9r\u00e9. Conception partag\u00e9e par Pierre Boulez pour qui l\u2019art, apr\u00e8s Mallarm\u00e9 et Kafka, fait de toute \u0153uvre le fragment d\u2019un tout hypoth\u00e9tique&nbsp;[23]. La t\u00e2che cr\u00e9atrice de la critique s\u2019inscrit dans un horizon d\u2019attente sublime, li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9al utopique du Grand \u0152uvre ou du Chef d\u2019\u0152uvre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"635\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Delacroix-Chasse-aux-Lions-esquisse-muse\u0301e-dorsay-1854.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7995\" srcset=\"https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Delacroix-Chasse-aux-Lions-esquisse-muse\u0301e-dorsay-1854.jpeg 635w, https:\/\/artinterview.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Delacroix-Chasse-aux-Lions-esquisse-muse\u0301e-dorsay-1854-300x227.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 635px) 100vw, 635px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Delacroix, Chasse aux Lions (esquisse, muse\u0301e d&#8217;orsay, 1854)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br>*<\/p>\n\n\n\n<p>La perspective romantique d\u2019une critique artiste et artistique red\u00e9finit en somme les positions respectives de l\u2019artiste et de l\u2019esth\u00e8te (le spectateur), dor\u00e9navant convi\u00e9 \u00e0 prendre une part active au processus de cr\u00e9ation. Et c\u2019est peut-\u00eatre un troisi\u00e8me sens de cette critique artiste. S\u2019il est vrai que la th\u00e9orie du go\u00fbt n\u2019est pas centrale en cette p\u00e9riode, surtout pr\u00e9occup\u00e9e par la question cr\u00e9atrice, il n\u2019est demeure pas moins que l\u2019approche po\u00e9tique de la critique romantique modifie la nature de la r\u00e9ception. Novalis note dans un autre fragment que le \u00ab&nbsp;vrai lecteur est l\u2019auteur \u00e9largi&nbsp;\u00bb&nbsp;[24]. Il ne go\u00fbte pas simplement l\u2019\u0153uvre de l\u2019ext\u00e9rieur, en fonction du plaisir ou du d\u00e9plaisir qu\u2019elle lui procure, il en comprend la logique structurelle propre, les enjeux sp\u00e9culatifs et l\u2019utopie de totalit\u00e9. Le spectateur qui appr\u00e9hende l\u2019\u0153uvre de fa\u00e7on interne devient, \u00e0 sa fa\u00e7on, artiste. D\u00e9placement de perspective qui rejoint l\u2019un des postulats majeurs de cette p\u00e9riode, partag\u00e9 par les Schlegel, Schleiermarcher et Novalis qui note, avant Joseph Beuys&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chaque homme devrait \u00eatre un artiste.&nbsp;\u00bb \u00ab Chaque homme, \u00e0 un degr\u00e9 infime, est presque d\u00e9j\u00e0 artiste&nbsp;[25].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On peut naturellement entendre cette formule de plusieurs fa\u00e7ons. Elle incite \u00e0 repenser la place du spectateur. L\u2019acte de lecture rev\u00eat une dimension artistique, cr\u00e9atrice, elle produit du sens et donne vie aux formes. Baudelaire \u00e9voque dans son <em>Salon<\/em> <em>de<\/em> <em>1846<\/em> des \u00ab lecteurs po\u00e9tiques&nbsp;\u00bb. Paul Val\u00e9ry \u00e9crira, quant \u00e0 lui, que les \u0153uvres de l\u2019esprit n\u2019existent qu\u2019en acte, elles sont indissociables du moment de la r\u00e9ception esth\u00e9tique qui agit les \u0153uvres en m\u00eame temps qu\u2019il les re\u00e7oit.&nbsp;\u00ab&nbsp;C\u2019est l\u2019ex\u00e9cution du po\u00e8me qui est le po\u00e8me&nbsp;\u00bb, note-t-il dans <em>Vari\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;[26].&nbsp;Autrement dit, et telle est peut-\u00eatre le dernier mot de la critique artiste romantique, c\u2019est-\u00e0-dire le premier d\u2019une reprise elle-m\u00eame sans fin&nbsp;: une esth\u00e9tique v\u00e9ritable n\u2019est pas autre chose qu\u2019une po\u00ef\u00e9tique et retour.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Olivier Schefer<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><br>[1] Baudelaire, \u00ab Richard Wagner et <em>Tannh\u00e4user<\/em> \u00e0 Paris&nbsp;\u00bb, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. II, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, \u00e9dition \u00e9tablie par Claude Pichois, 1976, p. 793.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] <em>Op<\/em>. <em>cit<\/em>., p. 793.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] <em>Ibid<\/em>., p. 793.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] Sur la s\u00e9miotique romantique, voir les remarques de Tzetan Todorov dans <em>Th\u00e9ories du symbole<\/em>, Paris, Point Seuil, 1977, chap. 6 \u00ab La crise romantique&nbsp;\u00bb, en particulier p. 235-249.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Baudelaire, \u00ab&nbsp;Correspondances&nbsp;\u00bb, in <em>Les Fleurs du mal<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. I, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, \u00e9dition \u00e9tablie par Claude Pichois, 1975, p. 11.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Novalis, \u00ab Po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, in <em>Semences<\/em>, trad. Olivier Schefer, Paris, Allia, 2005, p. 131 (je modifie l\u00e9g\u00e8rement ma traduction).<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Kant, <em>Critique de la Facult\u00e9 de juger<\/em> (\u00a7 44), <em>\u0152uvres philosophiques<\/em>, t. II, trad. Alexandre J.-L. Delamarre, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1985, p. 1086.<\/p>\n\n\n\n<p>[8] Walter Benjamin, <em>Le Concept de critique esth\u00e9tique dans le romantisme allemand<\/em>, trad. Philippe Lacoue-Labarthe et Anne-Marie Lang, Paris, Flammarion, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>[9] Voir <em>Critique et herm\u00e9neutique dans le premier romantisme allemand<\/em>, \u00e9dition coordonn\u00e9e par Denis Thouard, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>[10] Walter Benjamin, <em>Le Concept de critique esth\u00e9tique dans le romantisme allemand<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., p. 108.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[11]<em> L\u2019Absolu litt\u00e9raire. Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature du romantisme allemand<\/em>, trad. Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy et Anne-Marie Lang, Paris, Seuil, 1978, p. 95.<\/p>\n\n\n\n<p>[12] Hegel, <em>Esth\u00e9tique<\/em>, trad. Charles B\u00e9nard, revue et compl\u00e9t\u00e9e par Beno\u00eet Timmermans et Paolo Zaccaria, Paris, Le Livre de Poche, t. I, 1997, p. 125.<\/p>\n\n\n\n<p>[13] <em>Absolu litt\u00e9raire<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., <em>Fragments critiques<\/em>, n\u00b0 42, p. 85-86&nbsp;: \u00ab Il y a des po\u00e8mes, anciens et modernes, qui exhalent de toutes parts et partout le souffle divin de l\u2019ironie. Une v\u00e9ritable bouffonnerie transcendantale vit en eux. A l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui plane par-dessus tout, qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve infiniment loin au-dessus de tout le conditionn\u00e9, et m\u00eame de l\u2019art, de la vertu et de la g\u00e9nialit\u00e9 propres&nbsp;: \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, dans l\u2019ex\u00e9cution, la mani\u00e8re mimique d\u2019un bouffon italien traditionnel.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[14] Wilhelm Heinrich Wackenroder, <em>\u00c9panchements d\u2019un moine ami des arts<\/em>, trad. Charles Le Blanc et Olivier Schefer, Paris, Jos\u00e9 Corti, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>[15] Traduit et comment\u00e9 dans <em>La Forme po\u00e9tique du monde. Anthologie du romantisme allemand<\/em>, Charles Le Blanc, Laurent Margantin, Olivier Schefer, Paris, Jos\u00e9 Corti, 2003, p. 556.<\/p>\n\n\n\n<p>[16] Fragment n\u00b0 116 de l\u2019<em>Athenaeum<\/em>, in <em>L\u2019Absolu litt\u00e9raire<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., p. 112.<\/p>\n\n\n\n<p>[17] Friedrich Schiller, <em>De la po\u00e9sie na\u00efve et sentimentale<\/em>, trad. Sylvaon Fort, Paris, L\u2019Arche, 2002, p. 31.<\/p>\n\n\n\n<p>[18] August Wilhelm Schlegel, <em>La Doctrine de l\u2019art. Conf\u00e9rences sur les belles lettres et l\u2019art (1801-1804)<\/em>, trad. Marc G\u00e9raud et Marc Jimenez, Paris, Klincksieck, 2009, p. 169 (trad. mod.).<\/p>\n\n\n\n<p>[19] <em>Absolu litt\u00e9raire<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., p. 112.<\/p>\n\n\n\n<p>[20] Novalis, <em>\u00c0 la fin tout devient po\u00e9sie<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie par Olivier Schefer, Paris, Allia, 2020, p. 44. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[21] Friedrich Schlegel, <em>L\u2019Essence de la critique. Ecrits sur Lessing<\/em>, trad. sous la direction de Pascale Rabault, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2005, p. 124.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[22] Novalis, <em>Semences<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., \u00ab Sur Goethe&nbsp;\u00bb, p. 239.<\/p>\n\n\n\n<p>[23] J\u2019\u00e9voque ce point dans un des chapitres de mes <em>M\u00e9langes romantiques<\/em>, Paris, F\u00e9lin, 2013, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Fragment et tout, \u00e9critures de la modernit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[24] Novalis, <em>Semences<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., \u00ab Remarques m\u00eal\u00e9es&nbsp;\u00bb, n\u00b0 125, p. 297.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[25] J\u2019ai comment\u00e9 ces formules dans <em>R\u00e9sonances du romantisme<\/em>, Bruxelles, La Lettre vol\u00e9e, 2005, p. 15.<\/p>\n\n\n\n<p>[26] Paul Val\u00e9ry, <em>Vari\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>\u0152uvres<\/em>, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>., t. I, p. 1350.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><em>Ce texte est la reprise, l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9e, d\u2019une contribution parue sous le titre \u00ab&nbsp;Critique romantique, r\u00e9flexivit\u00e9 et po\u00e9sie&nbsp;\u00bb dans l\u2019ouvrage collectif&nbsp;: La Critique&nbsp;: art et pratique (dir. Laurence Corbel, Agn\u00e8s Lontrade), P.U.M., 2016.<\/em><\/h6>\n","protected":false},"featured_media":7972,"template":"","class_list":["post-7965","critique","type-critique","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_crit-philosophie"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La critique d\u2019art romantique entre po\u00e9sie et philosophie\u00a0 - Art Interview<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/artinterview.com\/en\/critique\/critique-romantique-reflexivite-et-poesie\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La critique d\u2019art romantique entre po\u00e9sie et philosophie\u00a0 - Art Interview\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Mais tout v\u00e9ritable po\u00e8te est n\u00e9cessairement un critique de premier ordre. 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